La consommation collaborative : l'ère d'un partage illimité ?
La consommation collaborative, c’est avant tout une question de valeurs. Et surtout de partage. Cependant, l’absence de partage est-il à blamer pour autant ? Peut-on tout partager ? Qu’est-ce qui fait finalement, que l’on partage… Ou pas ?
Enfants, on nous apprend à partager notre goûter, nos jouets, nos pensées… Et puis, on grandit et c’est peut-être moins facile de tout partager parce qu’on acquière de plus en plus une notion de propriété plus ou moins exclusive. On s’approprie des biens, on s’y attache plus ou moins et l’acte de partage fait désormais l’objet d’une réflexion. On continue donc à partager mais différemment. Et finalement, que partage-t-on ? Avec qui ? Pourquoi ? Et maintenant avec des inconnus ? Quelle drôle d’idée !
Le partage, qu’est-ce que c’est ?

Partager signifie à la fois “diviser” et “mettre en commun”. Si tout n’est pas divisible ou ne peut être mis en commun, l’enjeu principal, c’est de partager sans se (sentir se) déposséder. Mais se dépossède-t-on réellement lorsqu’on partage ? Ne seraient-ce pas plutôt nos biens – matériels ou immatériels- qui finissent par nous posséder ?
Si l’expérience du partage peut être vécue plus comme un enrichissement qu’un appauvrissement, le partage a ses résistants. Adeptes du “je possède donc je suis”, les non-partageurs de l’extrême voient la propriété comme une fin en soi et l’accumulation d’objets matériels comme une consécration. Si cette maxime peut être reprise par certains individus, la plupart d’entre nous restent des partageurs en puissance. Partageurs oui, mais pas n’importe quel partage. Qui dit partage, dit également confiance. Si la confiance n’est pas aveugle, le partage entre pairs ne va pas pour autant de paire avec celui qui s’opère avec des étrangers.
Partager avec des inconnus : le partage 2.0

Oui mais que se passe-t-il quand le web 2.0 s’en mêle ?
Avec une économie du partage qui exploite la puissance du web, on en vient à pouvoir se (re)connecter avec son voisin. Le partage ne vient plus dans la continuité naturelle d’une relation pré-existante mais devient l’objet même de la naissance d’une relation. Et si le partage ne constituait pas l’antériorité d’une relation mais plutôt un prétexte de réappropriation de l’espace collectif sous un nouvel angle ? Le partage peut alors se vivre non plus comme un acte isolé mais comme une expérience en tant que telle, finalement prétexte au lien social.
Si les outils internet permettent aujourd’hui de se connecter toujours plus, ce ne sont pas eux qui justifient cette logique d’échange. Si ces outils facilitent et se trouvent au service de l’action collective, ils ne sont aucunement l’initiateur de cet état d’esprit de partage qui, de fait, se voit amplifié. Pour s’exprimer en termes économiques, le coût engendré -argent, temps, effort, attention,…- pour créer un groupe de personnes ou rejoindre un groupe pré-établi a chuté ces dernières années. L’intérêt du partage se voit alors piloté par des raisons intrinsèques liées à la valeur de l’échange. Internet ne permet pas en ce sens de changer les raisons qui galvanisent l’échange mais de supprimer des barrières.
Un partage illimité ?

Au cercle restreint des proches, amis ou collègues avec lesquels on partageait s’est ajouté le cercle extensible des inconnus 2.0. On serait donc en mesure de partager absolument tout et avec n’importe qui ? En théorie oui mais dans les faits, ce n’est pas aussi simple.
Dans un premier temps, un personne qui sera à même de partager ne le sera que si l’objet du partage ne franchit pas son “seuil de partageabilité”, seuil à partir duquel elle pourra se sentir menacée. Une menace hypothétique qui peut prendre de multiples formes : une atteinte à son intimité, à sa vie privée, etc. Le tout relié à l’éducation de la personne, à son environnement, ses valeurs…
Dans un second temps, le partage 2.0 ou non ne pourra s’effectuer que si la valeur d’échange perçue par le partageur est suffisante. C’est notamment ici que la notion de masse critique intervient : pour partager avec des inconnus encore faut-il savoir qu’ils existent (et où ils sont). Pour un partage donné, l’atteinte de la masse critique permettra donc d’augmenter cette valeur en évitant au partageur un coût en temps et en distance dans le processus d’échange. La valeur d’échange finalement perçue ne dépendra alors que des motivations de la personne, qu’elles soient économiques, écologiques ou sociales.
Finalement, la consommation collaborative rend possible des échanges qui n’auraient pas pu exister par ailleurs -ou autrement- en COpossédant pour mieux COexister. Si l’économie du partage utilise internet comme un vecteur d’échanges, c’est aussi une invitation 2.0 à la déconnexion et à la reconnexion et rencontre IRL !
Et vous, qu’est-ce que vous partagez ? Avec qui ? Et surtout… Pourquoi vous le partagez ?
Envie d’échanger avec ceux qui partagent leur appartement, leur voiture, leurs vêtements, leurs repas, leur lieu de travail… Et tellement d’autres choses ?
Rendez-vous mardi à la troisième édition du COtuesday pour partager plus qu’un mardi !
Les illustrations de l’article sont issues du travail de Silvia Robertelli et initialement réalisées pour l’article « Trust is the new currency » écrit par Albert Cañigueral, Natalie Ortiz et Antonin Léonard pour Trust Design et Volume Magazine et disponible ici en version espagnole.
Hélène Pouille
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