Économie du partage et confiance : premier décryptage

On 3 février 2012 by Nicolas Le Douarec


Comment briser le paradoxe quasi quantique de la confiance quand de nombreux outils de l’économie passive font défaut ?

En effet, le constat aujourd’hui est de prime abord assez effrayant, car dans le monde hybride numérique/analogique dans lequel on vit les questions simples comme :

  • Qui est cette personne ?
  • Cette personne est elle digne de confiance ?
  • Quel niveau de compétence possède cette personne ?

n’ont plus de réponses faciles, et les outils de l’économie passive sont impuissants. Ils restent nécessaires, car ce sont les seuls qui soient reconnus par les lois et les administrations qui encadrent toute activité commerciale.

Il me semble que c’est en cherchant et en adoptant les techniques du peer to peer  que l’on peut contribuer , de façon fort cohérente à répondre a ces questions clés.

Qui est cette personne ?

À la base de toute relation de confiance, il y a les outils d’identification des individus / sociétés. On ne fait pas confiance à un inconnu.

Dans le monde hybride numérique/analogique, les outils historiques que sont les papiers d’identité font figure de papyrus à l’aune de la sophistication des scanners, des méthodes de phishing, et autres processus de falsification. Un exemple : il y aurait plus de 3 millions de faux permis en France.

On n’a pas le choix, il nous faut inventer et adopter des processus d’authentification quasi infalsifiables, auto-renouvelables, qui reposent sur les lois fondamentales des relations entre individus.

Une véritable source d’innovation sur laquelle nous reviendrons…

 Cette personne est elle digne de confiance ?

Second niveau d’intervention, celui de la confiance dite généralisée, hors contexte, croisement d’un climat de confiance et d’une évidence historique qu’une personne est digne de confiance. c’est à ce niveau que se concentre le débat et le progrès, en tout cas en apparence.

Ah les apparences ! … Car bien souvent on ne fait que s’arrêter aux apparences de la confiance, en se basant sur la photo d’un profil, ou une description… Quitte à juste appliquer l’adage bien connu : « qui se ressemble s’assemble ».

Alors on cherche d’autres preuves ailleurs, et on envoie des robots analyser nos traces numériques à défaut de pouvoir facilement connaitre l’historique analogique de la personne avec qui on échange…

Des startups (Klout, Trustcloud, etc…) s’engouffre dans ce créneau et sortent de leurs algorithmes des ‘notes’, des ‘scores’ ou des ‘étiquettes’ censées refléter le degré de ‘dignité ‘ de votre avatar numérique. Mais la confiance n’est pas algorithmique.

Cependant, les profils et le datamining numérique sont des outils dangereux et trompeurs à plusieurs titres.

Dangereux car ils accentuent le mimétisme au détriment de la diversité, de l’expansion de la communauté de pratique au dela de sa zone de confort. cela explique pourquoi la consommation collaborative échoue aujourd’hui à se faire connaitre des personnes qui en bénéficieraient le plus ! Car elle ne savent pas se décrire à leur avantage sur un profil et ne font pas grand chose de leur compte Facebook, quand elles en ont un…

Trompeurs car je peux me fabriquer un ou plusieurs alter ego numériques en fonction de comment je veux paraitre.

Prenons mon cas :
J’ai 3 comptes E-bay , un US, un UK et un Francais ! J’ai les clés d’accès à 4 comptes Twitter, possède un profil Linkedin et un profil Viadeo. Je tente d’être actif sur Google+ mais refuse de retourner sur Facebook, pourtant j’ai un profil FB que Facebook refuse d’effacer ! Bref je peux me faire passer pour qui vous voulez !

Et même si je n’avais pas ça, donnez moi une semaine et quelques centaines d’euros et je vous monte de toutes pièces le profil d’une jeune femme attractive de 25 ans parlant 4 langues, ayant vécu dans 3 continents, experte en arts martiaux, avec un compte Paypal certifié.

Là aussi les méthodes classiques font défaut pour identifier le vrai profil Facebook de l’avatar exclusivement numérique.

 Quelles sont les compétences de cette personne ?

Troisième et dernier niveau de la confiance, terrain encore très vierge.

Prenons le cas du partage de voiture entre voisins. Il est assez facile de passer le cap de l’authentification de son voisin (même si les médias adorent mettre en exergue les voisins ‘extra-ordinaires’ !) et donc de le déclarer digne de confiance (au niveau généralisé, essentiellement par mimétisme), mais est il compétent pour entretenir sa voiture correctement ? Conduit-il en bon père de famille (et d’ailleurs, ça veut dire quoi ? ).

Là encore, toutes sortes d’outils sont à inventer… Mais à la différence des 2 autres niveaux, qui ne peuvent se résoudre que par une ouverture et une standardisation la plus large possible des processus (oui, on a raison de penser open source et peer to peer), ce niveau restera intimement lié a la pratique dont il est question. Ainsi ma compétence de cuisinier ou de dirigeant n’influence en rien ma compétence de conducteur ou de propriétaire de voiture.

Chaque service, chaque communauté va donc devoir co-créer ses indicateurs de compétence et les règles qui lui seront associées…. Dans notre cas, c’est le rôle des commentaires, des recommandations, mais aussi :

  • de la CityzenBox, qui mesure le temps, les distances, le style de conduite,
  • du MasterDiag qui mesure à l’instant la ‘compétence’ de la voiture et donc de son propriétaire, etc…

Ce niveau se doit aussi d’apporter des réponses pour palier à un manque de compétence. Toujours dans notre pratique automobile, on connait bien l’assurance et l’assistance (à ne pas confondre) mais on peut aussi penser à une « garantie panne », à une « garantie de mobilité », etc….

Bref, quel que soit le niveau, notre boite à outils traditionnelle nous laisse sur notre faim et des outils ouverts, ancrés sur les processus peer to peer sont à inventer.

Mais même apres tout ça, la confiance restera un mystère, un don unilatéral, une impulsion, un saut dans un inconnu qui n’est jamais noir, mais gardera toujours ses zones d’ombre. C’est normal et souhaitable.

ALORS OSONS 

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