L'autopartage est mort, vive la location de voiture

On 24 mars 2011 by Nicolas Le Douarec

Partant d’un vague sentiment lancinant, les annonces récentes dans notre petit monde et un retour sur notre cartographie de la relation à l’automobile m’ont conduit à une conviction grandissante, à défaut d’une certitude, car enfin, restons modeste ! :

Et oui l’autopartage est bel et bien MORT, et si il ne l’est pas je propose de le TUER, une fois pour toute, sans pitié et sans regret. Un telle violence peut paraître surprenante et pourtant…

1 – Paris, là où le meurtre à été commis

M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris et grand visionnaire des transports avec les couloirs de bus, Velib’ et bien sûr Autolib’ (le futur nous dira si cette vision survit à la réalité quotidienne) nous l’a dit le premier dès 2007 alors que le sujet tentait de faire surface et que ses équipes venaient pourtant d’innover en créant un label de qualité : « l’autopartage, ca ne va pas assez vite ».

Il faut avouer, quand on relit les ‘promesses’ dythirambiques de Vinci (associé à Avis) à l’époque , M. Delanoë est en droit d’être un chouille déçu : « Le premier RESEAU NATIONAL d’autopartage » (je salue au passage France Autopartage, le VRAI premier réseau national de location de voiture moderne ;-)), rien que ca ! woaow…  Je continue : « 200 voitures PROPRES dès la fin de l’année » (2007), ah oui des Peugeot 1007 invendues et des 207 en fin de vie… Il y avait de quoi piquer une colère…

Depuis, Vinci s’est heureusement retiré du paysage après avoir perdu  l’appel d’offre Autolib’ avec un ‘gros’ lot de consolation :  Vinci, premier opérateur des concessions de parkings publics en région parisienne (plus de 80 sites, respect !) va faire payer l’opérateur Autolib’ (c’est-à dire-Bolloré) des places de parking au prix du mètre carré du studio dans le 6ème arrondissement. Avis récupère donc ce qu’il a toujours eu : ses voitures et ses clients ! Mais aujourd’hui qui connait Okigo, sa marque d’autopartage (mon dieu, mon dieu, où vont ils chercher ces noms ?) et pourtant Avis aurait du se mefier, n’ont-ils pas appris de Urbigo à Londres (2002- 2005)  ? En tout cas, une mise a jour et un rebranding du site internet reste à faire : on y parle encore de « l’engagement de 2 grandes marques » et de « l’invention la plus intelligente depuis l’invention de l’automobile ». Un peu de décence que diable…

Par ailleurs, force est de constater que les autres opérateurs parisiens  sont d’un manque d’ambition digne d’une colonie de manchots sur une banquise qui fond à vue d’oeil.
Que dire :

  • de ConnectbyHertz, décevant et indécis en France, qui réduit son abonnement de 75% (soit 30 Euros) + vous offre 15 Euros de crédit de location pour les rejoindre. À la prochaine promotion, ils vous paieront pour adhérer !
  • de Caisse Commune , qui vante ses nouvelles stations ouvertes … il y a plus d’un an !
  • et de mobizen, dont l’innovation et la  simplicité initiale ont disparu sans être renouvelées.

Le pire est que le pétard mouillé de la fusion Veolia Transdev, propriétaire des 2 derniers opérateurs, semble incapable de faire émerger un leader incontesté et incontestable tant nécessaire dans ce paysage fragmenté et confus. Le risque est plutôt de voir ces services tomber en désuétude.

Il n’est donc pas étonnant de voir le jugement de Mr Delanoé sur l’autopartage récemment repris et amplifié  par le Syndicat mixte Autolib’ en la personne de son directeur M. Sylvain Marty : « l’autopartage ne marche pas » (cf.  ’C dans l’air’, France 5,  29 Décembre 2010).
Voila ! Il ne fait qu’exprimer certaines opinions à peine déguisées d’experts autoproclamés qui veulent ‘ la fin de l’autopartage’ ! Si ils savaient !!
Cette affirmation reste curieuse de leur part : si l’autopartage ne marche pas, alors que dire des espoirs d’Autolib’, la Cathédrale de l’Autopartage, la ligne Maginot de l’écomobilité…

Au delà de ces affres parisiennes,  2009-2010 a vu un engouement assez inexpliqué – et inexplicable d’ailleurs – de toutes les villes de France et de Navarre (voir la carte ici), chaque Ville un peu en vue politiquement (enfin pas la « ville » ni ses indigènes mais son maire ou mieux député maire ou ministre de l’industrie)  se devait d’avoir son service d’autopartage, on a vu des ‘DSP’ et des projets s’annoncer et se financer en grande pompe (demandez aux Nicois !)… Mais la crise est passée par là et maintenant les nouvelles fraiches se font rares, il faut maintenant aller à Pau pour en avoir.

2 – Le retour du Jedi – loueur de voiture  ?

Au delà de nos frontières, l’autopartage, ou plutôt le carsharing semble en meilleure forme :

  • Zipcar acquiert Streetcar, prend des positions en Espagne entre autres et se prépare une entrée en bourse.
  • Tranquillement, mobility,  enregistre encore une fois un profit tout a fait respectable(CHF 1,6M), réglé comme une horloge du pays.
  • Daimler invente l’aller simple et combine autopartage et covoiturage avec car2go + car2gether (chapeau le département marketing) et l’exporte..  au TEXAS !
  • Peugeot trouve un moyen de faire rouler les voitures des concessions le week end  avec Mu « baille pioujo » (décidément, ces marketers auto !).
  • BMW après une petite expérience de courte durée pour se chauffer (BMW on demand et un coupé M3 pour 40€ de l’heure) claironne au monde émerveillé son ambition d’avoir des MILLIONS de clients à leur services d’autopartage PREMIUM a l’horizon… 2020 avec DriveNow. Finalement ils manquaient d’ambition nos amis de chez Vinci et au moins eux, ils ont des ‘vraies bagnoles’ pas des pots de yaourt pour bobo en goguette (désolé Philippe ;-)) ou mamie qui veut rester dans le vent…
  • Renault quant à lui se crée un unvivers parallèle avec BetterPlace… où on partage plus que sa voiture, mais aussi sa batterie dans un monde dans lequel Total et Exxon sont remplacés par EDF et Nokia.

Mais derrière ces facades rutilantes, la réalité est plus complexe et gangrènée…

  • mobility ne peut exporter son modèle vertueux au delà des montagnes Suisses, et restera sans doute une exception.
  • Zipcar semble décidément avoir cassé son moteur de croissance, en tout cas son embrayage, après la côte un peu rude de l’acquisition de Streetcar. Du coup le titre de leader mondial ne semble plus à sa portée alors que loueurs et constructeurs trouvent le temps pour s’organiser et mobiliser leur puissance de feu….
  • Et justement, les constructeurs, Daimler en tête, investissent à tombeau ouvert des dizaines (centaines ? ) de millions d’unités de change (euros, dollars, peu importe) dans cette ‘bulle’ de l’écomobilité de peur de se faire marginaliser en vagues fournisseurs de tôle pliée au mauvais bout de la chaîne de valeur. Ils espèrent toujours inspirer de l’émotion, de la passion dans un monde qui est de plus en plus hostile à leur industrie… Leurs marketers, si doués pour trouver des noms fascinants – sous couvert d’innovation – les emmènent dans les sables mouvants de la complexité sans retour, entre le panneau solaire sur le toit (Smart car2go) le  ’prix à la minute’ (car2go, DriveNow), le libre service sans réservation (Car2go, DriveNow), l’aller simple et le ‘libre stationnement’ (Car2go, DriveNow)…

Et qui voit-on se profiler à l’horizon ? Les loueurs de voiture qui sous couvert de JV se positionnent pour reprendre le service sans avoir dépensé les millions : Europcar, longtemps aux aguets reprend gentiment les rennes de car2go. BMW tombe dans les bras de Sixt… Tandis que Hertz continue son cavalier seul…

Et voila donc, la boucle est bouclée, et la logique semble être respectée, les loueurs de voitures louent des voitures, les constructeurs les construisent et les sortent ‘carsharing ready’ de leurs usines…

3 – Epilogue ou prologue ?

Bon, il faut que j’avoue, je n’ai jamais aimé l’autopartage, enfin en tout cas le mot, si laid, si lourd, si porteur de faux sens  (« vous voulez dire co-voiturage, n’est-ce-pas ? ») voire contre sens (un autopartageur fait tout SAUF partager sa voiture !). Allez, encore un effort et B O N   D E B A R R A S  !

Car enfin, depuis le début, la pratique qui consiste à prendre une voiture quand on veut, où on veut, sans la posséder a un nom, appelons un chat un chat et l’autopartage la location de voiture.

Il a certes peut être été utile de distinguer la pratique de la location urbaine dématérialisée et automatisée et la singulariser un moment mais il suffit, car CELA NE SERT À RIEN.

L’urgence est ailleurs… On ne peut plus se permettre l’abondance, je dirai même le gâchis qui nous à rendu sourds et aveugles, nous a enlaidis et  prit tout l’espace disponible dans nos villes.

Cette urgence s’exprime simplement, loin des miroirs déformants du marketing.

  1. Faisons rouler plus, beaucoup plus, TOUTES nos voitures.
  2. Essayons, dans la mesure du possible de les remplir au maximum quand elles roulent.
  3. Innovons plus et encore sur l’objet voiture lui même, un vaste sujet, pour un autre post !

Peu importe la méthode, c’est le résultat qui compte, et quand on regarde comme ca, tout reste à faire. Il y en a pour tout le monde ! Mais par pitié cessons de rendre tout le monde confus avec des concepts plus ou moins valides et plus ou moins attrayants.

Vous l’avez compris,  l’équipe CityzenCar est sérieusement motivée pour que ensemble nous ayons un impact VISIBLE et GLOBAL sur ces impératifs qui s’imposent à nous.

Je vous laisse maintenant découvrir la «  meilleure voiture du monde « , un secret que seuls les Suisses savent garder !

Addendum :

et ainsi donc, en ce début Avril, Avis France annonce bien la fin d’Okigo pour  un « Avis on Demand » (ouf, un nom de moins a retenir !) complété de ‘relais stations’ 24/24 (composant d’un hub multimodal ?). On attend dans savoir plus.. En attendant LEs Echos n’hesitent pas de declarer « mobilité urbaine : la bataille entre les loueurs de voiture » présentnat un ‘face off’ Europcar – Avis…

Pour ma part, je me demande ce que nous prépare Hertz, pas vous ?

17 Responses to “L'autopartage est mort, vive la location de voiture”

  • Merci pour cet article très informé et engagé Nicolas, qui témoigne de ton insight de professionnel de la mobilité (« mobilité » tu valides ?). A quand un débat pour évoquer les termes sur lesquels communiquer d’ailleurs ? Si autopartage n’est pas vendeur mais plutôt « menteur » (si j’en crois tes propos), sur quoi faut-il communiquer : le partage? La location? L’échange? La mobilité? Pour quels impacts en termes d’adhésion, de compréhension des concepts et de génération de la confiance?

  • David,
    J’apprécie ton analyse et ta lucidité : à chacun son métier.
    Peut-être te souviens-tu, on s’est connu lorsque j’étais Directeur du Développement chez AutoEscape et j’étais venu voir la première agence de Mobizen dans une loge de concierge avec l’une de tes premières Class A. A ta disposition pour un partenariat : tes adhérents on surement besoin de vacances ‘mobilité’ en France où à l’étranger en camping-car, en minibus ou en voitures … ou peut-être d’une voiture sans permis qui sait ?
    Bonne continuation avec Cityzen … La route est longue mais tellement plus cool à plusieurs.
    Olivier Sellem.
    Cooldrive.

    • Bonjour Olivier
      Tout d’abord, je précise juste que c’est Nicolas qui a écrit ce post, auquel je souscris également :-)
      Je me souviens parfaitement de notre rencontre, et j’avais aussi détecté ton aventure Cooldrive pour laquelle je te transmets tous mes voeux de succès.
      Je t’envois un email sur ton adresse cooldrive pour que nous en parlions !

  • On aime cette vision claire, cette analyse franche et ce challenge !

    A bientôt,

    Alexandre
    http://www.econov.eu

  • nicolas le Douarec

    Antonin,
    je pense que le terme location est grandement sous utilisé car un peu dénigré, trop ‘ancienne consommation’, pas assez ‘cool’.
    Il a ‘mauvaise presse’, fait mercantile, et porte les abus et les images négatives des ‘loueurs de voiture’ (opacité de l’offre, états des lieux à riques) mais l’étymologie est implacable : « du latin, locatio, louage = cession de l’usage de quelque chose, faite par le propriétaire pour un certain temps, moyennant un certain prix ».

    Ensuite on peut tout à fait :
    - caractériser le positionnement des acteurs de la location par des adjectifs qualificatifs, elle peut être ‘financière’, ‘professionnelle’ voire ‘institutionnelle’ d’un coté et ‘communautaire’, ‘collaborative’ de l’autre,
    - Décliner la pratique avec plus ou moins de services, et de technologie pour assurer ledit service.

    Une foison de modèles peuvent émerger et répondre à des besoins multiples, complexes, de niche ou de masse, changeant dans le temps et dans l’espace.

    En tout cas la nouvelle frontiere me semble devoir transcender le coeur même de la notion de propriété, par l’innovation dans les usages, ou plutôt l’usus, c’est à dire le droit d’utiliser le bien.
    Cette fameuse consommation collaborative qui transcende les frontières classiques entre capitalisme et communisme…

  • Etienne

    Je suis bien d’accord sur le fait que le terme d’autopartage est à la fois trompeur et inexact. Concernant la location entre particuliers, je ne crois pour ma part ni à l’argument écologique ni à l’argument communautaire, mais au seul intérêt pécuniaire des parties (locataires et loueurs). Par voie de conséquence :
    - du côté du loueur il faudra que les tracas liés à la mise en location (risque de dommage, retards, saleté, etc…) soient compensé par un revenu significatif ;
    - du côté du locataire il faudra que les aléas liés au fait de s’adresser à un loueur « amateur » (voiture usée, malodorante, cabossée, risque de plantage du loueur, etc…) soient compensés par un discount significatif vs une location classique.
    Mon best guess est un un point d’équilibre de 30 à 40% en moyenne vs location traditionnelle.

  • En fait, l’idéal serait qu’une marque, au hasard CityzenCar, impose son nom. Comme on a le frigidaire au lieu du réfrigérateur ou le Vélib plutôt que le Vélo en Libre Service !

  • « Carsharing is Dead » is a good headline but not quite accurate. Carsharing 1.0 may be past its prime and Carsharing 2.0 is now arriving. Nevertheless I expect a number of companies will be around for quite some time – no doubt adding more advanced features, such as open-end trips, P2P vehicles, etc. to stay competitive

    You may not like the term « carsharing » but calling yourself « car rental » is even worse. No one has documented any social or environmental benefits to traditional car rental so why would you associate yourselves with that?

    • nicolas le Douarec

      Hello, Dave, I guess you still serve my point in many ways ;-) :
      - a lot of innovation is yet to come, and quite a few companies (although I hope a few less in my French tiny country ;-) ) will find their ways to address customer needs as well progress on the social and environmental agenda, but in the eyes of the customer carsharing is plain car rental, adapted and done right for city centres.
      - I would argue that carsharing 2.0 is simply car rental 3.0… by the way this IT versioning allegory is also wrong or at best misleading since it implies that previous versions would be obsolete. I’d rather say that the world actually needs car rental 1.0, 2.0, 3.0 and all other alpha en beta breeds TOGETHER to bring car mobility efficiency at scale, finally.
      - The fact that you need to use the adjective ‘traditional’ in front of « car rental » illustrates the fact that we are talking of the very same practice.

      Finally the social and environmental virtues of carsharing are oversold and losing any credibility to the practical wisdom of the « man/woman on the street », as it can only materialize at scale and in a mobility ecosystem that truly enables a carfree life, that excludes a large chunk of the population and the challenge at stake.

      So I persist… carsharing may have been a convenient term for a while, it’s not longer serving its purpose and the time is ripe for simple and direct terms to be used even if it may appear unappealing too. So let’s change THAT too !

      In the meantime, I just cherish the debate !

  • The word carsharing was coined by German-speakers for German-speakers to give the concept a modern feel to it. « Car club » in the UK probably isn’t much better but at least it reduces a little of confusion with « ridesharing » or « carpooling » in the English language.

    I agree with you whole-heartedly – let’s find a new term, au Francais, auf Deutsch or whatever. And I agree with you that until « carsharing » (or whatever you want to call it) scales up, the benefits may not obvious to the « man on the street ». But I disagree that the virtues of carsharing are oversold. Yes, the benefits are localized. But every car not parked, and every kilometer not traveled is a benefit to society.

  • Bonjour,

    au delà des mots, du marketing, etdu nécessaire changement d’échelle il y a aussi une réalité économique et financière :

    - l’achat de voitures est subventionné dans notre pays, régulièrement et massivement : c’est la seule réalité économique viable malgré les grenelle, plan climat, agenda 21 etc …
    - une petite voiture neuve coûte 6 mois de SMIC : posséder une voiture n’a jamais été aussi aisé
    - le carburant en termes de pouvoir d’achat BAISSE (4,5 l en 1980 avec 1 h de SMIC, 6l trente ans plus tard …) et les consos ont également baissé !

    Au final posséder une petite voiture qui roule peu (le coeur de cible de l’autopartage) coûte finalement assez peu.

    Dans les centres villes le déclic c’est la politique de stationnement ou la théorie de l’emmerdement minimal : si je ne peux pas me garer autant passer à l’autopartage !
    D’où le rôle central des collectivités qui gèrent l’espace public.

    A France Autopartage , nous pensons que l’innovation dans l’autopartage passera par des partenariats publics-privés coopératifs et innovants, capables de proposer des services dans des centres urbains denses mais aussi dans des villes de 10 000 habitants autour d’une gare par exemple.
    Le marché et l’aménagement du territoire.

  • Non l’autopartage n’est pas mort
    Ce que j’apprécie chez Nicolas, c’est son sens de la formule et son talent pour créer le buzz dans tout ce qu’il entreprend
    Cependant, si je partage bien des constats avec ce qu’il exprime , je ne crois pas du tout à la mort ni du concept de l’autopartage, ni du terme lui-même.
    Il est vrai que la terminologie « autopartage », traduction littérale de « carsharing » n’est pas des plus heureuses :
    - elle est parfaitement antinomique, (autopartage ne signifie t’il pas partager avec soi même ???),
    - ne signifie rien vis-à-vis de la mobilité (reprendre le préfixe « auto » de automobile est assez fort),
    - et surtout est confondue avec covoiturage pour la majorité du grand public.
    En tant qu’acteur ayant un peu de bouteille dans le domaine de l’autopartage en France (je dois en être le papi depuis le retrait de Loic Mignotte) , je rappellerais qu’une commission de normalisation de la terminologie réunissant des experts du CERTU et d’autres, s’était réunie voici près de 10 ans pour trouver le meilleur nom à ce concept nouveau et avait proposé l’appellation fameuse de multivoiturage parmi d’autres termes qui eux aussi sont passés dans les oubliettes de l’histoire à l’instar de leurs amis non moins célèbres clavardage et balladodiffusion.
    De fait, au vu de ces redoutables concurrents, le terme autopartage s’est peu à peu imposé de lui-même, si ce n’est dans le langage courant, au moins dans les milieux de la mobilité.
    Il s’est si bien imposé qu’aujourd’hui on met l’autopartage à toutes les sauces en parlant :
    - D’autopartage en entreprise qui n’est rien d’autre qu’une bonne vieille gestion de flotte en pool automatisée.
    - D’autopartage entre particuliers qui n’est pour l’instant pas encore autre chose que le bon prêt de véhicules entre voisins ou amis.
    - D’autopartage en trace directe (quel terme) pour décrire le libre service en one way, type autolib ou liselec

    En on peut aisément comprendre que les loueurs de courte durée qui disposent d’un parc de 150’000 véhicules soient un peu jaloux d’un service qui fait tant parler alors qu’il ne compte qu’environ 1000 véhicules en circulation, du coup se mettent aussi à l’autopartage même s’il ne s’agit que d’un rhabillage de leur service traditionnel de location.
    Ne parlons même pas des constructeurs, qui ne pouvant espérer vendre 4 fois plus cher un véhicule électrique avec 4 fois moins d’autonomie qu’un véhicule thermique voient dans l’autopartage la solution miracle à leurs problèmes de débouchés.

    Désolé Nicolas, L’appellation autopartage n’est donc pas morte, ni menacée, et même si elle est parfois un peu galvaudée, elle est surtout victime de son succès.
    A mon humble avis si le terme séduit malgré son caractère impropre, c’est par l’attractivité des idées qui se cachent derrière ce mot valise :
    L’idée d’une communauté qui partage à la fois des biens (des voitures) et des valeurs (un usage plus raisonné au service d’une ville plus durable)
    L’idée d’un service qui ne contribue pas à une accumulation sans fin de biens, mais à la recherche d’un meilleur usage de ses biens au service de tous.
    L’idée d’un service qui préfigure l’économie de demain, une économie plus coopérative et moins compétitive avec « plus de liens et moins de bien »

    C’est pour cela que je crois profondément, et je suis persuadé que Nicolas le croit aussi au-delà de son bon mot, que tant le concept que l’appellation autopartage sont promis à un grand avenir.

    Et c’est pourquoi je vous invite tous à venir discuter de l’autopartage et de son avenir lors des rencontres nationales de l’autopartage les 12 et 13 mai à Strasbourg

    J-Baptiste Schmider

    http://www.rencontres-autopartage.fr

    • nicolas le Douarec

      Jean Baptiste, pas de quoi être désolé tu as très bien décrypté ma pensée et décelé ce goût pour surfer les paradoxes… Bien sûr que je crois en cette noble pratique, par delà ses noms car je choisis quotidiennement d’en être un acteur ! Que ce post serve d’appel aux énergies multiples pour que ensemble, et en ‘vérité’, de préférence en collaborant en intelligence, on ait un impact digne du potentiel !
      et merci de nous avoir sauvé du multivoiturage ! déjà qu’il nous faut vivre dans la multimodalité (ou est ce l’intermodalité ? je ne sais plus).

      A Bientôt…continuons la co-création de notre avenir à l’occasion a Strasbourg en Mai (…fais ce qu’il te plaît)

  • Loïc MIGNOTTE

    Bonjour à tous,
    Un papi participe à votre discussion, en vous lisant, je suis heureux de m’être retiré de ce bordel parisien né d’autolib et en même temps fasciné par ces nouvelles offres de partage, de location entre particulier, je pense en général à zilok qui connaît une croissance très forte, mais aussi à cityzencar dont j’espère que le succès soit au rendez-vous. On pourrait aussi citer pochetroc échange de livre voire donnons.org comme autant d’exemple d’échange/don entre particulier.
    Fasciné car elle pousse encore plus loin la notion de confiance entre étranger – confiance si rare de nos jours, mais source de tant d’économie de transaction ou tout simplement de nouvelle vie de nos objets fétiches, livres, voitures, habits.
    En même temps cette offre de location voiture entre particulier existe depuis 15 ans, elle s’appelait cashcar en allemagne, mais il y avait une conversion du propriétaire de voiture au carsharing (en mettant sa voiture dans le pool d’autopartage le membre gagne des points de location ou de l’argent). Il en résultait un petit plus environnemental que l’on trouve peu dans le concept de cityzencar.
    Ceci dit peu importe car cela participe à la désacralisation de la voiture et puis cela répond à une demande que ce soit pour le propriétaire- récupérer de l’argent en louant sa voiture, ou du locataire en ayant accès à un service flexible comme l’autopartage.
    Alors l’autopartage est-il mort ?
    Je me souviens d’une discussion avec Jean Baptiste Schmider sur le faite d’être passé en quelques mois de professeur tournesol à dinosaure avec la mise en place d’autolib.
    Je pense surtout que l’autopartage essaime de tout part avec un grand nombre d’acteurs (merci Nicolas pour ce panorama très complet sur autopartage, peut-être tu pourrais nous dire ce que devient greenwheels dont la rentabilité est/était ? très élevée). De fait nous somme bien dans une version 2.0. de l’autopartage.
    La question que je me pose existera t-il un ou des pure player de l’autopartage en France et la je mets dans le même -bon- sac cityzencar et france autopartage ?
    ou l’autopartage sera -t-il absorbé par le métier des loueurs courte durée, transport public, constructeur de voiture voire exploitant de parking bien que Vinci semble déjà sortie du métier comme une sorte d’offre porte clés ?
    Quant à l’offre d’autolib je pense qu’elle a du faire mal en terme de relation presse pour l’autopartage, mais surtout rendre impossible l’expansion du nombre de station d’autopartage sur la voirie condition nécessaire à l’expansion du service. Mais sur le fond avec autolib nous assistons plus à la création d’un mauvais service de taxi que à énième déclinaison de l’autopartage.
    C’est pourquoi je crois que l’autopartage à un avenir en france car les besoins de déplacement de 10 km et plus demeurent sans réel offre alternative à la voiture.
    Loïc Mignotte

    • nicolas le Douarec

      Quel Plaisir de voir le retour de Loic Mignotte dans cet échange ! papi, je ne sais pas, pionnier et revenant, certainement !
      Encore une fois, comme tu le dis, on n’a rien inventer, se prêter sa voiture est un acte normal de tout être raisonnablement civilisé moyennement névrosé ;-)

      Tu as raison pour Greenwheels, il manque a l’appel de mon état des lieux (avec bien d’autres comme Cambio, dbcarsharing, citycarclub)… Je me suis restreint de les mentionner car je n’arrive pas a trouver de données publiques sur leur sujet, je prend toute source d’info fiable pour compléter.

      Le sujet des ‘monnaies alternatives ou sociales’ est bien vivant au sein de CityzenCar, on n’a pas encore trouvé une adaptation simple… On ne l’a donc pas inclut a ce stade pour se focaliser sur des marques ostensibles de reconnaissance interne, les « étiquettes »… mais on adhère au concept.

      sur la question des pureplay, j’y crois très fort (sinon que ferions nous ?), car dans cette quête de maturation responsable de notre relation à l’automobile, une segmentation est tout à fait logique et possible… il va être patient et essuyer encore quelques secousses chaotiques et recombinaisons avant qu’un état naturel émerge….

      au plaisir de lire plus de réflexions de pionniers.

  • MARINE

    Je ne suis pas si sûr que vous

    Alors qu’elle constitue un manque à gagner important pour le budget de l’État, l’économie souterraine crée aussi une somme de distorsions inacceptables pour la société. Elle reporte la charge des impôts et des prélèvements obligatoires sur l’économie officielle, elle perturbe l’équilibre social des secteurs touchés, elle encourage les migrations clandestines, elle déséquilibre le jeu de la concurrence, elle suscite des conditions de travail anormales, elle lèse les consommateurs et les professions réglementées.
    Mais voilà que par décision intervenue le 11 avril 2011, un juge nancéien légalise la multiplication de transport de personnes au moyen de véhicules de 2 à 4 places voir plus, sur les arrêts de bus au motif : «  »Attendu que l’utilisation d’un véhicule automobile entraîne sa dépréciation, des frais de réparation et d’entretien, des dépenses de pneumatiques, une consommation de carburant et des frais d’assurances; que les sommes mentionnées par les personnes transportées, que ce soit à l’huissier de justice mandaté par la société Schiocchet ou par attestations (dont celle mises en avant par la société de transports schiocchet : 20euros/semaine, 40 à 55 euros/semaine, 85 euros/mois, 80 à 90 euros/mois) ne permettent pas de considérer qu’elles ont au delà des frais induits par l’utilisation des véhicules au regard u nombre de passagers transportés par véhicule et des trajets effectués; « Attendu que les transports ainsi mis en place correspondent à la notion de covoiturage employée officiellement dans un arrêté du ministre des transports du 18 juillet 1-989, qui consiste en l’utilisation d’un même véhicule par des personnes de foyers différents pour se rendre en un lieu identique ou emprunter un trajet en commun de collègues ou mêmes d’inconnus ; que la loi sur l’air et l’utilisation traditionnelle de l’énergie du 30 décembre 1996, et la loi SRU du 13 décembre 2000, ont encouragé la pratique du covoiturage pour le transport du personnel des entreprises et des collectivités publiques dans le cadre des plans de déplacements urbains, envisagé comme un moyen de lutter contre la pollution; que le covoiturage ne constitue pas un transport public au regard de l’article 5 de la loi d’orientation des transports intérieurs du 30 décembre 1982 dite LOTI, dès lors qu’il est organisé pour leur propre compte par les covoituriers, mais ne rentre pas davantage dans la notion de services privés définie par l’article 29 de la loi ; qu’il s’agit d’une activité bénévole non soumise à un contrôle particulier; que les particuliers qui pratiquent le covoiturage ne sont pas considérés comme des transporteurs au regard de la loi; que le démarchage dans le cadre du covoiturage et son organisation ne modifient pas la nature de l’opération; que le covoiturage peut ainsi être organisé soit directement entre automobilistes et passagers, soit par l’intermédiaire d’une association ou d’une entreprise, qu’il existe d’ailleurs des centrales de réservations et des plate-formes de mise en relation ».

    Et maintenant il ne reste plus qu’à attendre la décision de la Cour de Cassation qui a été saisie de la question pour qu’elle avalise cette économie souterraine bien qu’elle constitue une entorse à la profession de taxi, de petites remise et de transporteur…..

    Ce type de navetteurs qualifiés par la cour d’appel de NANCY de covoiturage a vocation à se substituer à des services déjà existants et sans règle particulière….

    • Nicolas le Douarec

      Bonjour Madame, et merci d’avoir pris le temps de réagir, et d’apporter votre point de vue à notre petit débat d’expert de l’autopartage… A ce sujet, Je ne suis pas sur que nous soyons sur le même débat puisque notre pratique est celle de la location de voiture et de l’autopartage, pas du covoiturage.

      Que ce soit en tant qu’ancien dirigeant de mobizen, et maintenant de Cityzencar, je peux vous assurer que nous ne nous associons pas à ces ‘pratiques souterraines’, tout au contraire, nous créons de la valeur et participons à un progrès, économique écologique et social. Les sociétés que j’ai dirigé offrent des conditions de travail conviviales, et qui dépassent largement les termes des conventions collectives. Nous innovons et investissons dans la conception de systèmes ouverts avec une intention d’ethique et de transparence .

      Encore une fois, je souligne que je n’ai aucune expérience sur le sujet du covoiturage, ayant choisi l’activité de partage de voiture entre voisins.

      Ceci étant, votre commentaire pointe du doigt la question d’ABUS et de DEVIANCE de tels systèmes – fondamentalement vertueux mais (trop ?) libres voire libertaire – par des individus (ou des sociétés) qui n’adhèrent pas a leurs valeurs et en exploitent les failles.

      Sans me prononcer sur le cas particulier du jugement que vous citez, j’aimerai faire les remarques suivantes :
      - l’innovation est LE moteur de l’économie du futur. Ne laissons pas des déviances particulières tuer des initiatives courageuses, difficiles mais utiles et génératrices d’économies et de valeur, ce serait donner raison aux « déviants » parasites. La réglementation tarde souvent à rattraper les pratiques innovantes, et il n’est pas facile de bien réglementer une pratique qui évolue très vite. J’ai confiants dans notre démocratie pour faire de son mieux avec ses outils.
      - En même temps, je trouve que certaines réglementations en vigueur bloquent des sources d’innovation et donc de valeur ajoutée sociales et économiques majeures. C’est à mon avis le cas dans le domaine du transport routier de passagers et de la mobilité en général. Ces réglementations, quand elles ne datent pas de Napoléon, méritent un sérieux dépoussiérage dans le monde d’abondance informationnelle (je parle de l’internet) hyper compétitif et hyper efficace.

      C’est bien là le défi aujourd’hui : trouver cet équilibre – peut être instable et surement insatisfaisant – pour ne pas tomber dans l’anarchie d’une part, mais répondre aux besoins du plus grand nombre de citoyens de façon économique, sociale et éthique.

      Chacun à son rôle à jouer.

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